Il est impératif aujourd’hui pour l’entreprise, quelle que soit sa taille, d’avoir en amont des outils de prévention et de protection et, en aval, des outils de supervision et de détection pour être capable de réagir à temps et éviter les dégâts irréversibles.

L’histoire se situe en mars dernier… Révélée mi-septembre par le « Wall Street Journal », l’affaire a secoué le petit monde de la sécurité en entreprise. On apprenait, en effet, qu’une filiale britannique d’un groupe allemand, s’était fait subtiliser près de 220.000 euros à l’aide d’une voix synthétique générée à l’aide d’une intelligence artificielle. Dernier avatar en date de la fraude au président, mêlant deepfake audio et mail-piraté, et absence de process rigoureux.

Une nouvelle attaque prise au sérieux. « Ce type de menace est aujourd’hui au coeur des préoccupations de mes collègues directeur de sécurité et sureté », explique Stéphane Volant, président du CDSE, le Club des directeurs de sécurité des entreprises, par ailleurs secrétaire général de la SNCF. Et d’insister: « En matière de sécurité, il n’existe qu’un maître mot : ANTICIPER ! ». Car, aujourd’hui, tous les spécialistes le confirment : PME, ETI comme très grandes entreprises, face à des hackers motivés personne n’est à l’abri !

Outils de prévention et de protection

Une menace cyber d’ailleurs consubstantielle à la transformation numérique des entreprises. « En ouvrant en grand les portes et les fenêtres de l’entreprise, la transformation digitale augmente sa surface d’exposition, et démultiplie le risque », souligne Alain Bouillé, vice-président du Cesin, le Club des experts de la sécurité de l’information et du Numérique. « Le périmètre à surveiller devient de plus en plus étendu. Avec des problématiques de sécurité liées au Cloud notamment. » 

C’est pourquoi, il est aujourd’hui impératif pour l’entreprise, quelle que soit sa taille, d’avoir en amont des outils de prévention et de protection ; en aval, des outils de supervision et de détection pour être capable de réagir à temps et éviter les dégâts irréparables. « Le drame, c’est l’intrusion que l’on ne détecte pas ! insiste Alain Bouillé. Car, avec l’avènement des crypto lockers et autres rançonwares nous faisons face à des attaques qui s’apparentent de plus en plus à de la destruction massive ». Avec les conséquences catastrophiques que cela peut avoir sur la perte d’exploitation des entreprises, pis sur leur pérennité, notamment pour les plus petites.

Combattre le « shadow-it »

Dans cette lutte sans fin, le concours des salariés reste essentiel. « Oui, on ne se comporte pas au travail comme à la maison », rappelle Alain Bouillé. Pour autant, il faut cesser de faire reposer la responsabilité de la cyber sécurité uniquement sur les épaules des salariés, en leur disant qu’ils sont la dernière barrière avant la catastrophe ! » C’est d’abord à l’entreprise de mettre à leur disposition les bons outils capables de répondre à leur demande et de les protéger. Meilleure manière aussi, selon cet expert, de combattre le  « shadow-it » . Cette « calamité », qui consiste à utiliser des applis ou des services non-autorisés et non sécurisés au sein de l’entreprise, avec tous les risques que cela comporte en matière de fuites d’informations.

Début juillet, dans sa troisième édition de  « l’état de la menace liée au numérique », la DMISC, la délégation ministérielle aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces en dressait le panorama, insistant notamment sur les risques liés aux objets connectés « qui augmentent considérablement la surface d’attaques pour les cybercriminels.» 

Quinze milliards d’objets connectés en circulation dans le monde

La Délégation ministérielle de souligner également que, dorénavant « les attaques par rançongiciel semblent davantage cibler les grandes entreprises ayant la capacité de payer des rançons très élevées». Leur supply chain constituant le point d’entrée privilégié des attaques. Comprendre : aujourd’hui, toute la chaine de valeur est menacée, des sous-traitants aux fournisseurs. ETI et PME, attention ! « Que ce soit dans le cadre de la numérisation de la supply chain ou de l’arrivée massive des ioT, toutes les technologies de ruptures avancent avec leur lot de vulnérabilités, qu’il convient de sécuriser », confirme Fabien Caparros, chef de la division management de la sécurité numérique à l’ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

Selon l’Idate, il y aurait ainsi déjà près de 15 milliards d’objets connectés en circulation dans le monde. Un volume qui pourrait osciller entre 50 et 80 milliards d’ici à 2020. Autant de portes et fenêtres laissées à l’appétit des pirates…

Méthodologie, analyse des risques

Alors, que faire ? « Mettre en mouvement toute l’entreprise autour du risque cyber », insiste Fabien Caparros, bien au-delà des simples outils numériques.» L’expert préconise d’« intégrer dans la stratégie de chaque entreprise, le risque « Cyber » au même titre que les autres grands risques systémiques. » 

Méthodologie, analyse des risques, … Une démarche que l’Anssi a consolidé, en collaboration avec l’Amrae, l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise, autour de quatre grands piliers qu’elle mettra bientôt à la disposition des entreprises, au travers d’un guide pratique que l’agence dévoilera au prochain Forum Ferma, Federation of European Risk Management Associations, qui se tiendra à Berlin du 17 au 20 novembre 2019. Nom de cette nouvelle bible que vont s’arracher tous les RSSI : « Maîtrise du risque numérique, l’atout confiance.» A se procurer dare-dare.

Source: Les echos


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